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PROFANATIONS EN AFGHANISTAN
(article AFP du 23 octobre 2005)
KABOUL (AFP) - Les images de soldats américains brûlant les corps de deux talibans présumés, une pratique interdite par l'islam, ont choqué les Afghans, qui dénoncent une nouvelle profanation américaine dans leur pays et réclament pour certains une "guerre sainte" pour punir ces actes.
"Les musulmans d'Afghanistan ne devraient pas rester sans rien faire face à cela. Sinon, les Américains deviendront encore plus impudents", estime ainsi Ghulam Farooq, mollah (responsable religieux) d'une des principales mosquée de la ville d'Hérat (ouest).
La crémation, dont les images vidéo ont été diffusées mercredi par la chaîne de télévision australienne SBS, a été condamnée par le président afghan Hamid Karzai et suscite l'embarras de la Maison Blanche.
Cette pratique, interdite par l'islam conservateur qui rythme la vie des Afghans, actuellement en plein ramadan, est un boulet de plus aux pieds de l'armée américaine en Afghanistan, régulièrement accusée, parfois par des rapports internes, de détentions arbitraires, tortures et exécutions sommaires.
Les soldats américains, identifiés comme des spécialistes des opérations psychologiques, ont déclaré avoir brûlé les corps pour des questions d'hygiène.
Mais selon un journaliste australien sur place, ils ont délibérément voulu effrayer des villageois et susciter la colère des rebelles talibans, notamment en tournant les corps vers la ville sainte de La Mecque.
A Washington, le département d'Etat a reconnu jeudi que ces accusations étaient "graves", alors que la colère monte en Afghanistan, même si aucune action de protestation n'a été organisée jusqu'ici.
En mai dernier, une quinzaine de personnes avaient trouvé la mort dans de violentes manifestations organisées après la publication d'un article de Newsweek évoquant un Coran jeté par des soldats américains dans les toilettes de la base de Guantanamo.
"C'est un sacrilège à l'islam, et le gouvernement américain doit punir les coupables. C'est dégoûtant", estimait samedi Bashir Ahmad, 34 ans, commerçant à Mazar-i-Sharif (nord).
"C'est un crime, qui doit être puni. Sinon, le peuple musulman se lèvera contre les Américains", assène Shamsuddin, mollah dans une mosquée de Kandahar (sud), berceau des talibans.
"Avec ce gouvernement faible, tout le monde peut faire et fait ce qu'il veut", déplore Shaker, un jeune Kabouli de 24 ans, regrettant la sujétion du gouvernement afghan aux Etats-Unis, tombeurs des talibans à la fin 2001 et son principal soutien militaire (environ 18.000 soldats) et financier.
Quelques voix s'élèvent cependant pour dénoncer les rebelles talibans, accusés de nourrir les violences dans le sud et l'est du pays. "Ils ne devraient pas simplement être brûlés, mais enterrés vivants", estime ainsi une femme professeur à Mazar-i-Sharif.
Pour Ahmad Fahim Hakim, de la commission indépendante des droits de l'Homme afghane, ces actes sont d'autant plus choquants qu'"on pensait que les Américains allaient faire des efforts pour améliorer leur image".
Mais celle-ci est largement écornée, faisant passer au second plan la relative pacification du pays et les plus de dix milliards de dollars dépensés par les Américains chaque année en Afghanistan.
"Ce genre de dérapage nourrit la colère des Afghans, qui considèrent les Américains comme des occupants qui se placent au dessus de la loi", regrette Ahmad Fahim Hakim, qui dit recevoir "de plus en plus de plaintes de familles afghanes, 120 à ce jour, contre l'armée américaine".
Le président Karzai a régulièrement demandé ces derniers mois à l'armée américaine d'assouplir sa stratégie militaire.
Mais celle-ci lui a répondu que certaines "opérations sensibles ne permettent pas toujours la coopération avec les forces afghanes".
A Kaboul, le porte-parole de l'armée américaine, le colonel Jim Yonts, a évoqué samedi des "comportements inacceptables". "Mais cela ne doit pas faire oublier tout ce que nous avons fait jusqu'ici pour secourir la population", a-t-il ajouté.
DITES C'EST POUR QUAND LA LIBERATION TOTALE DE L'AFGHANISTAN ?
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